Folio 617:
Le 20 août 1754 à 10 h du matin, le bureau de police étant
assemblé dans l'hôtel de ville, a été rapporté
par Messieurs le juge. premier consul et procureur du roi et par l'organe de M.
le juge que sur plusieurs plaintes qui lui avaient été
portées que le nommé Boissat charron et gargotier habitant de
cette ville retirait depuis quelques jours deux filles aux fourneaux sans aveu
et de mauvaise vie dont l'une était habillée en homme.
Ayant à leur suite le valet consulaire et une escorte de trois soldats.
l'assemblée s'est rendue ce jour d'hier environ sur les 9h du soir
à la maison du dit Boissat auquel ayant commandé l'ordonnance sur
les deux femmes ou filles, celui-ci aurait répondu que les dites femmes
ou filles avaient pris le repas chez lui et qu'elles étaient sorties de
sa maison depuis 4h après midi. Lui ayant enjoint de nous mener par tous
les coins et recoins de sa maison, il nous avait assuré avec beaucoup de
confiance et de présomption qu'elles n'étaient point chez lui et
nous avait conduit dans tous les coins et recoins de sa maison sans que nous
eussions rien trouvé. Etant descendu dans un membre bas ne sa maison nous
avons trouvé une grande assemblée de travailleurs de toute
espèce qui logent chez lui et qu faisaient un grand bruit à table.
Monsieur le premier consul a imposé le silence. De là,
étant passé dans le jardin ou ciel-ouvert, il y tut fait une
exacte perquisition et ayant aperçu! les lieux secrets fermés en
dedans, nous avons enjoint Boissat de nous en faire l'ouverture, lequel
après les avoir ouvert, nous a dit avec assurance qu'il n'y avait rien.
M. le juge étant entré dans les lieux a aperçu
derrière la porte deux filles ou femmes dont l'une était
habillée en homme, portant culottes, une veste, et ses cheveux
liés par derrière, sans coiffe ni chapeau. Sur quoi MM le juge,
premier consul et procureur du roi, après avoir fait revêtir la
femme ou fille des habits convenables à son sexe qui se sont
trouvés dans la salle basse où il y avait une assistance d'environ
trente buveurs, à ordonné que les femmes ou filles ensemble ledit
Boissat soient conduits dans les prisons royaux de la présente ville ce
qui a été fait sur le champet laissé au garde Vigne
concierge...
Marion Barthe de Narbonne fille aînée d'environ 25 ans qui a dit
après serment par elle prêté la main mise sur les saints
évangiles a répondu comme s'en suit aux interrogatoires qui lui
ont été fait.
Interrogée combien de repas elle a pris chez Boissat a répondu en
avoir pris deux.
Interrogatoire de Catherine Guitard d'Angoulême, âgée
d'environ 27 ans.
Lecture faite .
Interrogatoire de Boissat, âgé d'environ 50 ans: Dit que les deux
femmes vinrent dans une chambre haute de Sa maison avec trois ou quatre hommes
parce qu'il n'y avait plus de place en bas et qu'il y bailla l'un de ses enfants
pour les observer. Il déclare que les deux femmes étaient
habillées en femme quand elles entrèrent et quand elles sortirent.
Etant lui même sorti après souper, il ne les a pas vu partir et ne
Savait pas qu'elles était encore chez lui quand la garde est
arrivée. Il nie que Sa femme ou lui-même aient averti les femmes de
l'arrivée de la police, ou de les avoir cachées dans les lieux
secrets. H nie avoir gardé ces femmes pour achalander Sa gargote.
La plainte a été porté par la Dlle Chapot vve du sieur
Jarrot ancien apothicaire habitant de cette ville La maison où reste
Boissat lui appartient et ayant appris que Boissat tenait dans sa maison deux
filles de mauvaise vie dont l'une était habillée en homme.
Le bureau de police, sur les conclusions du procureur du roi a ordonné
que les nommées Marion Barthe et Catherine Guichard soient
exposées pendant deux heures sous les piliers de la halle publique
escortées de quatre soldats de la garnison et d'un tambour au
défaut d'un trompette, sous la conduite du valet de ville avec un cabas.
couvert de plume sur la tète et un écriteau en grosses lettres
contenant ces mots " putains publiques " qu'elles seront
promenées par toutes les voies et carrefours de la ville et ensuite
chassées de la ville et du territoire avec défense d'y rentrer
sous les peines de droit
Il condamne Boissat à vider la maison de la Dlle vve Jarrat au 1°
octobre prochain et a 24 £ d'amende.
Interrogée depuis quel temps elle était dans la présente
ville a répondu être arrivée dimanche dernier à 5h du
matin.
Interrogée sur ce qu'elle venait faire dans la présente ville, a
répondu qu'elle suivait son prétendu des œuvres duquel elle
était enceinte depuis environ quatre mois, lequel travaille au lavage du
sel à Pecais.
Interrogée sur sa profession, elle a répondu qu'elle servait de
servante à une comédienne à Montpellier et qu'elle a
resté une année à Massillargues chez Sabremont
passementier.
Interrogée comme s'appelle son prétendu a répondu qu'il
s'appelle Esprit d'Avignon, qu'ils se sont connus a Massillargues depuis environ
6 mois lequel Esprit est portefaix et lui a écrit de se rendre dans la
présente ville et qu'il l'épouserait.
Interrogée où qu'elle tut logée lorsqu'elle est
arrivée dans la ville, a répondu qu'elle fut logée chez
Boissat, qu'elle y passa tout le jour avec l'autre fille qui tut
arrêté avec elle, qu'elles turent couchées toutes les deux
contre un arbre le long du chemin de la Carbonière et qu'elle avait pris
un habit d'homme pour paraître plus aimable à son prétendu.
Interrogée comment s'appelle sa camarade a répondu qu'elle ne la
connaît que sous le nom de Catherine, qu'elles ont fait connaissance
à Montpellier il y a environ un an, laquelle Catherine gagnait Sa vie
à quérir de l'eau et quelque fois mendier son pain souffrant du
mal de la tête.
Interrogée Si elle n'a mangé chez Faucher, a répondu que le
mois de mars dernier elle coucha chez Vernelle fermier de .... Et lui resta
devoir 2 sols que samedi prochain fera 15 jours qu'elle est venue avec sa
camarade dans la présente ville et qu'elle tut payer les 2 sols qu'elle
devait à la femme de Faucher laquelle lui a proposé de souper
à quoi elle a répondu qu'il était trop tôt, qu'elle y
soupa effectivement et se retira le même soir à Marsillargues
à cause que Faucher ne voulut pas les loger et qu'elle était venue
pour voir son prétendu.
Interrogée s'il est vrai qu'elle tut à Saint Laurent à la
fête du dimanche il y a 8 jours, a répondu y avoir
été avec Sa camarade pour y voir courir un taureau et qu'elle ne
but ni mangea à Saint Laurent.
Interrogé Si le jour d'hier qu'alors que nous entrâmes chez Boissat
elle et sa camarade n'étaient à table avec son prétendu et
les autres hommes a répondu qu'elle n'était point à table
qu'en entrant dans la maison la femme de Boissat lui avait dit voici la garde
qu'elle et sa camarade se retirèrent dans le ciel ouvert et de là
dans les lieux secrets.
Interrogées pour quelles causes elle prit la fuite quand on lui
annonça la venue de la garde a répondu avoir pris la fuite sur ce
que la Boissade lui avait dit fille, fille cachez-vous!
Interrogée qui lui avait enseigné les lieux secrets a
répondu qu'elle les connaissait pour y avoir fait du lavage le matin.
Interrogée où elle avait ses vêtements de fille a
répondu qu'elle quitta ses jupons, son tablier dans la rue et mis des
culottes de toile qu'un grand ami de son prétendu lui baillé de
s'équiper de la sorte pour faire rire son prétendu que toutes ses
hardes furent pliées dans son tablier que le grand ami de son
prétendu jeta le tout auprès des roseaux chez Boissat.
Interrogée Si elle s'était d'autre fois travestie en homme a
répondu non.
Interrogée qui avait fermé la porte des lieux secrets a
répondu qu'ayant trouvé la porte ouverte elles ignoraient qui
l'avait fermée.
Interrogée que lorsque nous entrâmes dans les lieux secrets
pourquoi elles s'étaient cachées derrière la porte a
répondu que C'était la femme de Boissat qui leur avait dit de se
cacher pour ne pas faire de peine à une cabaretière.
Interrogée à quelle part elle devait coucher cette nuit et
à quelle heure a répondu que lorsque nous entrâmes elle se
proposait à aller se coucher dehors avec Sa camarade et son
prétendu.
Interrogée s'il est vrai que samedi ou dimanche dernier, elle et sa
camarade se baisaient sur le chemin de la Carbonnière et qu'un homme
d'Aigues Mortes lui dit que c'était fort beau auquel elle répondit
qu'il n'avait qu'à venir y prendre Sa part a répondu et nié
ledit interrogatoire et a dit qu'il fallait que ce soit une marseillaise qu'il y
a ici qu'elle avait empoisonnée plusieurs travailleurs de Pécais.
Interrogé s'il est vrai que le même jour sur le chemin de la
Carbonnière elle n'offrit ses faveurs de même que sa camarade a un
homme d'Algues Mortes de petite taille a répondu et nié ledit
interrogatoire et dit que dimanche dernier elle coucha à la campagne avec
son prétendu.
Interrogée s'il n'est vrai qu'elle restait enfermée avec sa
camarade dans un grenier où Boissat les tenait enfermées pour
qu'elles ne se fassent pas voir a répondu et a dit que dimanche dernier
après midi y ayant beaucoup de monde dans le cabaret de Boissat celui-ci
leur dit de monter dans une chambre haute...Avec son prétendu et deux
autres hommes où elle restèrent jusqu'à ce que les hommes
partirent pour Pécais
Lecture à elle faite du dit interrogatoire etc
Interrogée depuis quand elle est dans la présente ville, a
répondu que samedi prochain fera 8 ou 15 jour qu'elle vint pour la
première fois dans la ville avec Marion dont elle ignore le nom, que
c'était uniquement pour l'accompagner. Laquelle venait pour y chercher
son prétendu qu'elle ne trouva pas. Quelles soupèrent chez une
ménagère. Elles devaient y coucher mais le mari ne voulut pas le
permettre. Conséquemment. Elles sortirent tout de suite de la ville,
passèrent la Carbonniére et allèrent coucher a
Marsillargues.
Interrogée qu'elle est sa profession. a répondu qu'elle n'a point
de profession étant sujette au mal (...) qu'elle fait quelque fois des
boutons pour les vestes et les chemises et quelque fois elle mendie son pain.
Interrogée où elle fut logée la dernière fois
qu'elle vint en cette ville, a répondu être arrivée dimanche
dernier Vers les 5h du matin. Elles descendirent chez Boissat et y prirent deux
ou trois repas. Boissat leur dit qu'il ne pouvait pas les coucher et elles ont
couché sous un arbre hors la ville avec sa camarade.
Interrogée Si le prétendu de sa camarade ne coucha avec elles et
quel est son nom, a répondu que le prétendu coucha avec sa
camarade et elle derrière eux et qu'elle connaît le prétendu
sous le nom d'Esprit d'Avignon.
Interrogée où elle a fait connaissance de sa camarade et depuis
quel temps a répondu depuis un an que Sa camarade servait une
comédienne à Montpellier à la rue des Lièvres.
Interrogée Si elle ne fut avec Sa camarade à la fête de St
Laurent a répondu et accordé l'interrogatoire.
Interrogée s'il est vrai qu'elle et sa camarade sont ensemble depuis
environ un mois sans être en condition et comment elles faisaient pour
vivre a répondu qu'elle mendie son pain et que sa camarade mangea
l'argent qu'elle avait épargné l'an qu'elle était en
condition.
Interrogée s'il est vrai que lundi dernier environ les 9h du soir,
lorsque nous entrâmes chez Boissat elle n'était à table avec
Sa camarade et le prétendu et plusieurs autres hommes a répondu
qu'elles allaient se mettre à table.
Interrogée pour quoi elle prirent la fuite en lorqu'elles entendirent
dire voici la garde a répondu que croyant que c'était la garde
elle prirent la fuite.
Interrogée s'il est vrai que Boissat et sa femme lui dirent voici la
garde a répondu ne Savoir Si c 'était Boissat ou les autres de la
maison qui lui annonçaient la patrouille.
Interrogée qui avait fermé la porte des lieux secrets a
répondu que la porte n'était pas fermée.
Interrogée à quelle part elle et Sa camarade devaient travailler
cette nuit là a répondu...Qu'elle devait aller coucher avec le
prétendu hors la ville sous un arbre.
Interrogée s'il est vrai que samedi ou dimanche dernier elle et sa
camarade ne battaient tout le long du chemin de la Carbonnière et qu'un
homme Aigues-Mortes leur avait dit que c'était fort beau auquel elles
répondirent qu'il n avait qu'à venir y prendre sa part a
répondu et nié l'interrogatoire.
Interrogée s'il est vrai que le même jour et sur le même
chemin elles offrirent leurs faveurs à un homme d'Algues Mortes de petite
taille a nié l'interrogatoire.
Interrogée s'il est vrai que Boissat ne loua à elle et sa camarade
une chambre du haut enfermées pour qu'elles ne fussent pas vues a
répondu que Boissat les avait fait monter dans une chambre pour y prendre
leur repas et qu un enfant de Boissat ne les quitta pas de vue.
Interrogée Si elle était fille ou femme a répondu
être veuve depuis deux ans d'un soldat des gardes wallonnes.
Interrogée où sa camarade avait pris ses culottes a dit dans la
rue et qu'elles y furent baillées par le prétendu.
Interrogé s'il est vrai que lundi dernier un habitant qui était
à la suite de la police voulant ouvrir la porte des commodités
où étaient enfermées les deux femmes A répondu que
Si cet habitant est honnête, il ne soutiendra pas qu'il ne Savait pas que
les deux femmes étaient dans les commodités